Mare
Nostrum
Corsica
L'appel
d'offres global 2021-2027 des lignes Marseille-Corse
infructueux
et la perspective d'une compagnie maritime régionale Corse
s'éloigne de nouveau !

Des trois
compagnies
répondant traditionnellement aux appels d'offres sur la
Corse, seules La Méridionale
et Corsica Linea étaient
de nouveau candidates pour la DSP
2021-2027, avec une nouvelle alliance désormais nettement
à l'avantage de cette dernière. De gauche
à droite
sur la photo, prise
à Bastia en août 2019 par Romain Roussel, les Pascal Lota (Corsica Ferries), Vizzavona (Corsica Linea) et Piana (La Méridionale).
Un projet de compagnie régionale maritime corse qui a subi
bien des soubresauts ces dernières années...
Les chemins pris
par le
service public maritime de la Corse sont bien souvent plus sinueux
qu'annoncés... Alors que le rapport de l'Office des transports de la
Corse (OTC) voté par les
élus de l'Assemblée
de Corse le 15 avril 2016 proposait une
expérimentation de deux d'obligations de service public
(OSP) sur les lignes Marseille-Bastia et
Marseille-Ajaccio d'octobre 2016 à septembre 2018 (voir article
thématique dédié), c'est finalement bien
une délégation
de service public (DSP) maritime qui a
été attribuée à Corsica Linea et
à La
Méridionale sur les lignes de Corse pour la
période
allant d'octobre 2016 à septembre 2017, comme
retracé
dans un précédent article
thématique.
Il en va de même pour la création de la compagnie
régionale maritime Corse, projet porté de très longue
date par
les mouvements autonomistes de l'île et qui aurait
dû
se concrétiser depuis déjà plusieurs
années
au vu des délibérations prises par cette
même Assemblée
de Corse. En effet, elle avait
adopté fin janvier 2017 un calendrier
détaillé de création de la compagnie
maritime
régionale qui s'échelonnait initialement jusqu'en
juin
2019 et qui succédait lui-même à un
précédent calendrier prévoyant la mise
en place
d'une compagnie régionale dès octobre 2017...
Dans
l'attente de cette création, de nouvelles
délégations de service public
maritime se sont succédé sur les lignes
Marseille-Corse,
pour
des durées de plus en plus courtes : la DSP dite transitoire,
qui s'est achevée en septembre 2017, a laissé la
place à une DSP
dite de raccordement
qui devait s'achever en juin 2019, mais qui a finalement
été prolongée jusqu'à fin
septembre 2019,
laquelle devait ensuite laisser la place jusqu'à la fin 2020
à une DSP
dite courte pour faire enfin la jonction avec le
système plus pérenne de compagnie
régionale à compter de 2021 (voir article
thématique dédié) ! Mais c'eut
été trop simple et, finalement, la DSP dite courte
n'a pu voir le jour en octobre 2019 que sur trois des cinq lignes de
service public de Corse (Marseille-Bastia, Marseille-Ajaccio et
Marseille-Ile Rousse), toutes attribuées pour la
première
fois à Corsica
Linea, au détriment de La Méridionale
(voir article
thématique
dédié) pour une durée de 15 mois. Pour
les deux
autres lignes, Marseille-Propriano et Marseille-Porto Vecchio, la
consultation a été jugée infructueuse
plusieurs fois de suite, si bien que l'appel
d'offres à finalement été une
première fois relancé (avec un cahier des
charges revu, voir article
thématique dédié) pour
une durée encore plus courte (11 mois), à compter
de
février 2020, puis une seconde fois (pour 8 mois),
à
compter de mai 2020, de manière à s'achever en
même
temps que celui des lignes principales, c'est-à-dire fin
2020.
Donc, à compter de début 2021, la voie semblait
libre
pour la création de la compagnie régionale
maritime dont
les contours avaient été tracés par l'Assemblée de Corse aux session de janvier
et d'octobre 2017 et qui devait se caractériser comme suit :
- une société d'économie mixte (SEM) d'investissement,
qui avait vocation à être propriétaire des
navires de la nouvelle compagnie
régionale ;
- deux
SEMOP (formes juridiques de SEM à opération
unique)
d'exploitation
des lignes de
continuité territoriale. Il était
prévu que la Collectivité
territoriale de
Corse (CTC) soit majoritaire dans
la SEMOP chargée de
desservir, au départ de Marseille, les ports secondaires de
l'île (Ile Rousse, Propriano, Porto Vecchio) et minoritaire
dans
l'autre, en charge de la desserte des ports principaux de Bastia et
d'Ajaccio. Le document de préfiguration de ces SEMOP
traitait des cinq
fondamentaux de ces deux sociétés, à
savoir : "la
structure capitalistique, les règles de gouvernance, les
modalités de contrôle, le pacte d'actionnaires et
la
dévolution des actifs à la liquidation".
En outre, il avait été annoncé trois
autres
caractéristiques importantes de ce futur service public
maritime, qui avaient déjà
été mises en
vigueur lors de l'appel d'offres initial de la DSP courte :
- un service public maritime recentré
sur le fret (comme le prévoyait le cahier
des charges initial de la DSP, suite au "test de
marché" conduit par l'OTC)
;
- la durée pressentie de l'exploitation était de 10 années
;
- le choix des sociétés exploitant les lignes de
service public devait se faire ligne
à ligne et non de manière globale.
Un
projet de lignes monobloc et d'une
durée plus courte qu'initialement envisagé avait
été lancé
Deux cargos mixtes de la Corsica
Linea, les Vizzavona
et Pascal Paoli,
passant simultanément la journée à
Bastia, en
août 2019 ; photo : Romain Roussel. La
position hégémonique conférée
à Corsica
Linea sur le fret insulaire pour la
période 2019-2020 sera-t-elle compatible
avec la constitution d'une SEM à
caractère majoritairement public sur les lignes de Corse
à compter de 2021 ?
Pour autant, ce schéma avait subi de nombreux
bouleversements
depuis lors et va encore en connaître dans les prochains
mois.
Les changements intervenus en 2018 et 2019 avaient
déjà
porté sur des caractéristiques très
structurantes
du projet :
Premier
changement de taille : en matière de possession des navires.
La
SEM d'investissement avait vocation à
devenir propriétaire,
avant l'été 2019, de ses
deux premiers navires
qui devaient être cédés
par Corsica Linea
pour 10 millions d'euros, les Monte
d'Oro et Paglia
Orba ; à terme, elle devait englober trois navires
(le plan de renouvellement prévoyait tout d'abord la vente
du Monte d'Oro
en 2022 et son remplacement par une unité neuve
propulsée au GNL ; les remplacements de navires suivants sur ces lignes de service
public
étaient alors envisagés pour 2028 et 2033).
Ces deux premiers navires ont
été préalablement
expertisés pour en
vérifier notamment la valeur (la justice devait se prononcer
en
amont sur
la légalité de cette transaction,
contestée par
plusieurs syndicats de la compagnie) et, selon
Jean-Félix
Acquaviva, qui a cédé entre temps sa place
à la présidence de l'OTC à
Vanina Borromei suite à son élection à
l'Assemblée
nationale en juin 2017,
ils vaudraient en fait "35 à 40 millions d'euros". Pour
autant,
malgré cette plus value potentielle, on a appris le 24 avril
2018 que suite à l'expertise menée, l'OTC
déconseillait finalement à la Collectivité de Corse
le
rachat de ces navires. De fait, les élus insulaires ont,
à l'unanimité, abandonné ce projet de
reprise lors
de la session des 26 et 27 juillet 2018, au motif qu'ils
ne répondent plus aux standards
environnementaux
en vigueur en Méditeranée à compter de
2020 (ce
qui est le cas actuellement de l'ensemble des navires naviguant sur les
lignes de Corse, à l'exception du Vizzavona,
doté d'épurateurs de fumée). Cette
décision
peut sembler très étonnante dans la mesure
où ces navires ont
été fortement rénovés
depuis
leur reprise en main par Corsica
Linea (en particulier, le Monte d'Oro
a subi à l'hiver 2017-2018 une importante remise au norme et
réhabilitation de ses espaces communs qui semblent donner
toute
satisfaction à la compagnie, puisqu'elle a
programmé
avec celui-ci des rotations supplémentaires sur
Marseille-Ile Rousse
à l'été 2018). Selon Vanina Borromei,
le rapport
d'expertise technique était "plutôt
défavorable [à
la reprise de ces navires par la future compagnie régionale
Corse], compte tenu des perspectives et normes environnementales qui
seront imposées à l'avenir. Ce qui remet en cause
cette
réflexion sur ces deux biens de retour" dont Corsica Linea
n'était visiblement pas pressé de se
séparer, au
vu des déclarations
réitérées dans la
presse de ses dirigeants. Dès le 25
avril 2018, Vanina
Borromei déclarait à Corse Matin "que
si nous récupérions ces deux
navires, nous serions perdants économiquement au regard de
l'entretien et de la mise aux normes environnementales. Il vaut
peut-être mieux nous diriger vers des navires au gaz naturel
liquéfié (GNL) dès maintenant...", ce
qui prendra
sans doute plusieurs années supplémentaires
compte tenu
de la nécessité de préciser un cahier
des charges
compatible avec la desserte et la spécificité des
ports
de Corse, de pouvoir les financer et d'enfin pouvoir
acquérir ou
faire construire de tels navires... En attendant, le Paglia Orba de Corsica Linea,
jusqu'ici considéré comme obsolète
donc aux dires
des autorités corses, dessert
régulièrement la
ligne phare du trafic fret insulaire (Marseille-Bastia), alors
même que ce devait être le plus récent Vizzavona
qui aurait dû desservir cette ligne, selon ce qui avait
été convenu dans le cahier des charges... En
effet le Vizzavona
est moins adapté au port bastiais du fait de sa grande
longueur,
ce qui avait semble-t-il échappé à l'Office des transports de la Corse
lorsqu'elle a attribué la ligne Marseille-Bastia
à Corsica
Linea plutôt qu'à La Méridionale.
Le journal Le Marin révélait
en outre dès le 7 novembre 2019 plusieurs autres
changements majeurs par rapport au projet
initialement voté et qui
se sont finalement confirmés lors du vote des
élus corses intervenu lors de la session du 28 novembre
2019. Ce
vote sur le schéma de transport n'était pas
prévu
jusqu'ici (en matière
maritime, cette session devait être uniquement
consacrée
à l'attribution des deux dernières lignes du sud
Corse
jusqu'à fin 2020, qui, à l'inverse ne l'ont pas
été...) :
Deuxième
changement majeur, il n'y aurait plus deux SEMOP d'exploitation des
lignes de service public maritime comme prévu, mais une seule.
Cela pose la question de sa gouvernance. Selon cette même
source,
la SEMOP d'exploitation regrouperait l'ensemble des lignes et serait
détenue à une très courte
majorité par le
secteur public : 50,1 % pour la Collectivité
territoriale de
Corse (CTC),
contre 49,9 % pour le secteur privé. La CTC
assurerait la
présidence de cette SEMOP, portant le risque d'exploitation
des
navires qu'elle louerait aux opérateurs privés.
Les
partenaires privés assureraient quant à eux la
gestion
opérationnelle de la société et
disposeraient
d'une
minorité de blocage pour les décisions les plus
importantes. Sauf rebondissement inattendu, les lignes seraient
opérées comme aujourd'hui par sept cargos mixtes,
dont
quatre positionnés sur les ports principaux de Bastia et
Ajaccio
afin d'assurer un service de nuit dans chaque sens tous les soirs et
les trois autres sur les ports secondaires d'Ile Rousse, Propriano et
Porto Vecchio, qu'ils desserviraient sans escale trois
fois par
semaine dans chaque sens. Il n'y aurait donc pas de nouvelle
réflexion sur le mode de desserte combiné des
différents ports, qui permettrait pourtant
à
enveloppe constante d'abiasser substantiellement les tarifs du fret et
des passagers transportés...
Troisième
changement majeur, le contrat ne serait finalement pas d'une
durée de 10 ans, comme envisagé jusqu'ici, mais
de 7 ans.
Cette modification vient sans doute des échanges intervenus
entre temps avec
les services de la Commission
européenne,
qui ont dû juger
préférable une durée plus courte de
DSP et de la
SEMOP afin d'en assurer un meilleure pilotage, notamment financier, par
la
Collectivité. Si les délégataires
préfèrent en général une
durée plus
longue afin de leur donner plus de visibilité sur leurs
investissements, une durée plus courte présente
en
revanche l'avantage de permettre plus
régulièrement une
mise en concurrence des opérateurs, ce qui donne plus de
souplesse à la Collectivté pour ajuster le cas
échéant les fréquences et les tarifs,
ainsi que
les montants de subventions accordés en fonction de
l'évolution du marché.
Quatrième
changement majeur, le contrat de service public serait global et non
plus ligne à ligne, comme dans le cas de la DSP courte.
Ce revirement, s'il se confirmait, serait bien plus porteur de
conséquences qu'on pourrait le croire en première
approche. Il serait très inattendu, car le fait de
proposer
désormais un appel d'offres ligne à ligne avait
été présenté comme une
avancée
majeure des derniers appels d'offres maritimes en termes de mise en
concurrence des différents opérateurs. En effet,
il
présentait l'avantage d'ouvrir potentiellement une partie du
marché à des compagnies maritimes non
présentes
jusqu'ici entre Marseille et la Corse, en leur permettant de postuler
sur un pied d'égalité pour une seule ou un petit
nombre
de lignes. Ce ne serait plus possible dès lors que l'appel
d'offres serait global, ce qui était le cas
autrefois. Cela
présenterait le risque d'être
perçu comme un
retour en arrière, voire comme une atteinte à
l'égalité entre postulants, passible de futurs
recours en
justice devant les instances européennes... Il est toutefois
possible d'interpréter cette option comme un signal de
l'autorité délégante aux
opérateurs Corsica
Linea et La
Méridionale
pour que les compagnies renouent, sous une forme ou sous une autre, un
accord de coopération. En effet, leur accord historique
hérité de l'ex-SNCM a
été rompu lors de la récente DSP courte suite
aux vélléités d'expansion de la Corsica Linea.
Vélléités couronnées de
succès,
puisque la compagnie aux bateaux rouges est désormais seule
présente sur les lignes entre Ajaccio, Bastia et Marseille,
dont La
Méridionale est
désormais exclue, et qu'il n'y a semble-t-il pas de retour
en
arrière possible, le nouvel accord scellé pour la
période 2021-2027 étant nettement à
l'avantage des
bateaux rouges (voir plus bas).
Ces changement ont été adoptés par
l'Assemblée
de Corse avec les seules voies de la majorité
(élus nationalistes et autonomistes), mais rien n'a
été acté à ce stade sur la
société d'investissement, un temps
évoquée
pour la possession des navires. Il
est très probable que les débats sur la future
desserte
maritime de service public de la Corse soient de nouveau
animés
et porteurs de nouveaux rebondissements...
Un
nouveau partenariat entre Corsica
Linea et La
Méridionale, nettement à l'avantage
de la première

Le Piana de La Méridionale,
déjà absent depuis octobre 2019 du principal port
de
l'île pour la desserte duquel il a été
conçu, pourrait être affecté
à Marseille-Ajaccio dans le cadre
du futur partenariat et ne
devrait donc vraisemblement plus revenir à Bastia ,
si ce n'est peut-être lors des
périodes d'arrêts techniques de navires de la Corsica Linea...
Photo Romain
Roussel, prise
en août 2019.
Les offres officielles des postulants à cette nouvelle DSP
longue ont été remises à l'Office des transports de la Corse le
14 février 2020 et la Corsica
Ferries
n'a finalement plus été candidate,
lassée d'être
systématiquement écartée
même lorsque ses
offres sont classées premières par la Collectivité de Corse.
Alors que les compagnies délégataires du
service public, La
Méridionale et Corsica Linea,
étaient en grève depuis plusieurs jours, le
journal Le Marin
révélait une issue possible dès le 23
janvier
2020, confirmée par les deux compagnies dans les jours qui
ont
suivi. En effet, la Corsica
Linea a fait plier
La Méridionale,
en position de grande faiblesse depuis la perte des DSP transitoire, et
obtenu d'elle une proposition de nouveau partenariat bien plus en
faveur des bateaux rouges. Le nouvel accord
prévoyait que la Corsica
Linea déploie cinq navires sur les lignes
Marseille-Corse (au lieu de quatre jusqu'à l'automne 2019)
et La
Méridionale seulement deux (au lieu de trois).
Un troisième navire de La
Méridionale
servirait toutefois de renfort aux cinq autres cargos mixtes des lignes
de service public en tant que de besoin et viendrait notamment
remplacer ces derniers durant les phases d'arrêts techniques
; le
reste du temps, il serait proposé sur le marché
de
l'affrètement, à charge à La Méridionale
de lui trouver de nouveaux armateurs par intermittence... comme elle
l'a fait en 2020 pour le Girolata,
affrété avec son équipage par la
compagnie italienne GNV
pour la desserte de la Sicile.
Surtout, preuve du nouveau déséquilibre qui
serait ainsi
instauré entre les deux partenaires historiques, la Corsica Linea resterait
dans ce schéma
seule présente sur les liaisons entre Marseille et le port
de Bastia. Or, le port de Bastia
concentre à lui seul près de la
moitié du
trafic fet insulaire (844 100 mètres linéaires
transportés en 2018 de et vers Marseille selon l'ORTC, pour un total
de 1 823 200 sur Marseille-Corse cette même année,
soit 46% du total), alors que le partenariat
était jusqu'à l'automne 2019
équilibré
entre les deux compagnies, avec un bateau chacune sur les ports
principaux. Une des principales revendications historiques de La Méridionale
(le maintien des deux compagnies à parité sur les
ports principaux de Bastia et d'Ajaccio), reprise aussi par le STC
de la compagnie aux bateaux bleus depuis le début du conflit
social du 9 janvier 2020, ne serait donc pas satisfaite et le personnel
bastiais de La
Méridionale (13 personnes) devrait se tourner
vers la compagnie aux bateaux rouges... En effet, les
deux navires de La
Méridionale
seraient affectés aux ports de Porto Vecchio et d'Ajaccio,
ce dernier port
restant desservi à parité par les deux
compagnies. La
Méridionale
se retirerait donc également de sa desserte historique de
Propriano pour se consacrer à celle, un quart plus longue
(246
milles nautiques environ contre 201 milles), de Porto Vecchio. Certes
le trafic fret est nettement plus important sur Porto Vecchio que sur
Propriano (174 600 mètres linéaires
transportés,
contre 69 600 en 2018, selon l'ORTC)
et offre un potentiel de croissance peut-être
supérieur, mais le
contexte apparaît peu favorable car les coûts des
soutes sont
fortement renchéris depuis début 2020 du fait des
nouvelles normes environnementales en vigueur en
Méditerranée. La Corsica Linea
assurerait quant à elle l'ensemble des autres dessertes,
avec
donc deux navires sur Bastia, un sur Ajaccio, un sur l'Ile Rousse et un
sur Propriano.
Sous ces hypothèses, il est possible d'effectuer un calcul
théorique des parts de
marché prévisionnelles
des deux compagnies à l'horizon 2021 et de les comparer
à
ce qu'elles auraient pu être si l'ancien système
de
partage des dessertes entre les compagnies en vigueur
jusqu'à
l'automne 2019 avait été reconduit. En effet, les
données des trafics passagers et fret des lignes
Marseille-Corse
sont publiques : elles ont été
publiées par l'Observatoire
régional des transports de la Corse
pour l'année 2018 (ces données sont actuellement
consultables sur le site de la DREAL
de Corse, le site de l'ORTC
étant indisponible pour des raisons techniques...).
Dès lors,
en appliquant des proratas par compagnie en fonction du nombre de
navires affectés à ces dessertes dans l'ancien
schéma et dans le futur schéma
envisagé aux
trafics réels passagers et fret constatés sur les
différentes lignes Marseille-Corse puis en
réagrégeant l'ensemble des données par
compagnie,
on obtient le schéma présenté
ci-dessous.

Source : calculs Mare
Nostrum Corsica
sur la base des schémas de desserte de la Corse tels que
constatés jusqu'à l'été
2019 et
envisagés jusqu'alors à partir de 2021. Ces
schémas de desserte sont appliqués aux trafics
passagers et fret des lignes entre Marseille et les ports de Bastia,
Ajaccio, Ile Rousse, Propriano et Porto Vecchio constatés en
2018 par l'Observatoire
régional des transports de la Corse.
Ainsi, par exemple, pour l'ancien schéma, la
moitié des
trafics passagers et fret constatés entre Marseille et
Bastia
sont conventionnellement affectés à chacune des
compagnies, tandis que dans le nouveau schéma, l'ensemble de
ces
trafics sont comptabilisés pour la Corsica Linea.
Pour le fret, les valeurs de références retenues
pour le
calcul sont celles exprimées en nombre de mètres
linéaires transportés.
Avec l'ancien schéma de desserte, les parts de
marché
théoriques (hors mouvements de grève,
arrêts
techniques de navires et autres phénomènes par
nature
imprévisibles...) de la Corsica
Linea auraient été proches de 56
à 57% en 2021, aussi bien pour les passagers que pour le
fret, et celles de La
Méridionale se seraient établies
à environ 43 à 44 %.
Dans le schéma de desserte projeté
jusqu'à l'été 2020 et
décrit par le journal Le
Marin, les parts de marché de Corsica Linea seraient
bien supérieures d'après les calculs de Mare Nostrum Corsica
(+12 points de pourcentage pour les passagers, +17 points pour le
fret), principalement
du fait du basculement de la totalité du trafic de
la
ligne Marseille-Bastia à cette compagnie.
Symétriquement,
les parts de marché de
La Méridionale s'en seraient
trouvées réduites (de -12 et - 17 points de
pourcentage). Corsica
Linea serait donc dans cette hypothèse
l'acteur dominant des lignes Marseille-Corse, puisqu'elle pourrait
représenter en théorie environ 69% des trafics
passagers et 73% des trafics fret de cet axe à l'horizon
2021. La
Méridionale occuperait alors une place
secondaire, avec un peu plus du quart de ces trafics. Les gains de
parts de marché de Corsica
Linea
seraient plus importants pour le fret que pour les passagers car, au
départ du port de Marseille, la
prépondérance du
port de Bastia est proportionnellement plus marquée pour le
trafic des marchandises que pour celui des voyageurs. À
noter
qu'une partie de ces gains de parts de marché a
de
fait déjà
été engrangée par la
compagnie aux bateaux rouges, puisque la Corsica Linea est
seule à desservir Bastia-Marseille depuis le 1er octobre
2019... De ce fait, le chiffres d'affaires de La Méridionale
aurait déjà diminué de 56,6% par
rapport à
la période comparable de l'année
précédente
au dernier trimestre 2019, ce qui pose la question de la
viabilité de la compagnie. D'après
l'étude
diligentée au cabinet de conseil Secafi Alpha par l'intersyndicale de La Méridionale le schéma
de desserte envisagé jusqu'à
l'été 2020 et
évalué avant les effets de la crise sanitaire
serait
néanmoins resté
viable pour la compagnie aux bateaux bleus. Toutefois,
l'épidémie de coronavirus de 2020 a
très fortement
assombri les perspectives de moyen terme...
Dans ce scénario de desserte, s'il n'avait pas
été précisé quels navires
seraient affrétés à quelle
desserte, Mare
Nostrum Corsica
vous proposait ci-dessous une hypothèse plausible, au vu des
affectations antérieures des navires lors des
précédentes DSP. La principale incertitude pesait
sur le choix des navires de La
Méridionale potentiellement affectés
aux différentes dessertes : il
est fait ici l'hypothèse que le navire amiral de la
compagnie
resterait sur les lignes de Corse, en l'occurence sur le port d'Ajaccio
(deuxième port de l'île en termes de trafic fret,
avec 638
400 mètres linéaires transportés de et
vers
Marseille en 2018 selon l'ORTC)
et que
le Kalliste
rejoindrait Porto Vecchio. La première de ces
hypothèses
a depuis été corroborée par des
indiscrétions parues dans Le Marin. Mais La Méridionale pourrait
faire un autre choix, comme par exemple celui de faire naviguer le
quatrième navire récemment acquis par la
compagnie, le Pelagos,
sur Porto Vecchio ou encore le Girolata,
ou enfin une combinaison de ces navires selon les périodes,
comme envisagé par la compagnie aux bateaux bleus dans ses
dernières réponses aux appels d'offres de courte
durée...

Sources :
programmes des compagnies maritimes pour les DSP actuelles et
passées ; hypothèses Mare Nostrum Corsica pour
la période 2021-2027 sur la base du
schéma de
desserte envisagé jusqu'à
l'été 2020.
Nota :
pour la
période allant du 1er février au 30 avril 2020,
la
desserte des ports secondaires du Sud Corse a finalement
été attribuée fin janvier 2020
à La
Méridionale, seule candidate : durant cette
période, le Piana
dessert Marseille-Porto Vecchio et le Kalliste,
Marseille-Propriano. Pour la période allant du 1er mai au 31
décembre 2020, La
Méridionale, seule candidate s'est finalement
vu attribuer le marché avec ces mêmes
navires.
Des
barrières à l'entrée
qui auraient finalement conduit à des offres
irrecevables de Corsica
Linea et La
Méridionale pour la Collectivité de Corse
car bien plus chères que par le passé pour le
même cahier des charges

L'offre
menée par Corsica
Linea et à laquelle s'est associée La Méridionale
serait bien trop coûteuse pour être recevable
d'après le rapport de l'Office des transports de la Corse.
Cela s'explique logiquement par l'absence de concurrence possible
sur Marseille-Corse, du fait de la globalité de l'appel
d'offres
lancé par la Collectivité
de Corse. Ici, le nouveau navire A Nepita de Corsica Linea,
à Bastia, en août 2020 (photo : Romain Roussel),
qui a
desservi la Corse en sus de la programmation prévue.
Le schéma présenté ci-avant ne verra
jamais le jour, la présidente de l'Office des transports de la
Corse (OTC)
Vanina Borromei ayant annoncé dès
début septembre
que les demandes de compensations financières des compagnies
Corsica Linea
et La
Méridionale seraient bien trop
élevées pour être recevables par la
Collectivité
de Corse. En effet, celles-ci
s'élèveraient en moyenne à 110
millions d'euros
par an pour la période 2021-2027, contre environ 80 millions
d'euros par an actuellement pour le même service !
Aussi, l'Assemblée
de Corse,
qui a jusqu'ici
toujours
accordé
l'intégralité des lignes Marseille-Corse au
groupement
formé de Corsica
Linea et La
Méridionale, même lorsque la Corsica Ferries a
présenté des offres moins coûteuses en
subventions,
a rejeté ce schéma lors de la session du 25
septembre
2020.
Pourtant, le partenariat étant renoué entre Corsica Linea et La Méridionale,
et celles-ci étant
désormais seules candidates, l'issue de l'attribution du
marché ne semblait initialement pas faire guère
de doute,
la Corsica Ferries
ayant annoncé qu'elle ne participerait plus
à l'exercice, faute que ses offres soient reçues
avant la
même bienveillance que celles de ses concurrentes... Le fait
que
les demandes de compensation financière de la Corsica Linea et de
La Méridionale
soient finalement trop élevées pour la Collectivité de Corse,
n'est en fait pas si étonnant au vu de l'importance des
barrières à l'entrée mises sur cet
appel d'offres
du fait de son caractère global, qui met structurellement le
groupement de ces deux compagnies ne position de force pour
négocier avec la région. Sans compter que pousser
au
regroupement des offres des deux compagnies comme cela a
été fait par la Collectivité a
sans doute
aussi conduit à limiter encore davantage la concurrence et
à
faire monter les demandes de compensations financières...
Pour des propositions concrètes de Mare Nostrum Corsica pouvant
permettre de sortir de cette impasse, voir cet article
thématique suggérant une profonde
refonte du système de continuité
territoriale de la Corse.
Cette décision de l'Assemblée
de Corse s'explique peut-être aussi par le
fait que les
conséquences des suites judiciaires des compagnies
qui, à l'image de la Corsica
Ferries,
ont dû renoncer à postuler à
ce nouvel
appel d'offres bien trop fermé commencent à faire
réfléchir les membres des offices
dépendant de la Collectivité
de Corse. En
effet, celle-ci a récemment dû s'acquitter d'une
première tranche de 20 M€ - confirmée en
appel par
la justice et rendue exécutoire, sur un total d'environ 90
M€ déjà estimés pour la seule
période
2007-2013 sachant que d'autres contentieux sont encore en cours de
traitement pour les périodes suivantes...- au titre de la
concurrence déloyale infligée par le
service
d'été assuré naguère par
les ferries de la SNCM
sur Marseille-Corse à sa concurrente aux bateaux jaunes...
S'y ajoute aussi les avertissements de la Commission européenne,
qui suit de près ce processus et s'interroge
désormais
publiquement sur leur compatbilité avec les
régles
du marché intérieur de l'Union. Aussi,
le projet de
SEMOP
envisagé ne verra-t-il sans doute pas le jour, tout du moins
pas avant 2025.
De nouveaux rebondissements sont donc encore attendus lors
des prochains mois en matière de service public maritime de
la Corse pour boucler le futur schéma maritime qui
prévaudra entre Marseille et la Corse à compter
de 2021
et qui ne devrait donc pas passer, comme initialement attendu, par une
compagnie régionale, tout du moins à un proche
horizon...
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