Mare Nostrum Corsica 

Stabilisation des trafics passagers et fret du port de Bastia en 2025, malgré une baisse sensible du nombre de rotations vers l'Italie

L'arrivée du Mega Victoria à Bastia, en juillet 2024, avec le Pascal Lota à quai ; photo : Romain Roussel.
L'arrivée du Mega Victoria à Bastia, en juillet 2024, avec le Pascal Lota à quai ; photo : Romain Roussel.



Le port de commerce de Bastia a été inauguré en 1877 et fortement réaménagé par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Bastia et de la Haute-Corse entre les années 1980 et 2000 Bastia est le principal port de Corse, tant pour le trafic des marchandises que pour les flux de passagers :

Le port de Bastia a regagné 1 million de voyageurs depuis 2020 et son trafic passagers attaient 2,13 millions de voyageurs en 2025 





Sur la période récente post-crise de la COVID-19, en 2022, le contexte avait été plus favorable, un vent de reprise de 35,8% redonnant au port de Bastia des trafics plus conformes à ses niveaux habituels, avec 1,99 million de voyageurs selon la CCI de Corse. Ce sont les lignes italiennes, qui avaient le plus souffert pendant la crise du coronavirus, qui avaient enregistré les plus fortes reprises, avec une hausse spectaculaire de 72,9%, contre +10,8% pour les lignes nationales. Aussi, les lignes italiennes ont-elles repassé en 2022 la barre symbolique du million de voyageurs à Bastia, avec 1 022 000 passagers, et devancé de nouveau les lignes françaises, qui enregistraient 971 000 voyageurs. L'année 2023 avait confirmé cette tendance d'une évolution divergente des lignes italiennes et françaises au profit des premières et cette tendance s'était poursuivie encore en 2024. Sur Bastia, en effet, les lignes italiennes avaient atteint en 2024 un trafic de 1 207 000 passagers (+9,4%), contrastant de nouveau avec le recul des lignes françaises (923 000 voyageurs, soit -2,2%), traduisant un réallongement de la saison sur les lignes italiennes. En 2025 toutefois, les lignes italiennes ont pâti d'une forte réduction de capacités, plusieurs navires ayant été retirés des lignes de Corse puis vendus, qu'il s'agisse des Corsica Marina Seconda ou Corsica Express Three de la Corsica Ferries et surtout de très nombreux navires de la Moby dans le cadre d'un sévère plan de restructuration de cette dernière (voir détail sur la page des nouveautés 2026). Cette forte réduction du nombre d'escales sur le port de Bastia trouve sa raison en grande part dans l'application des nouvelles normes environnementales : passage en zone à émissions de soufre limitées SECA de la Méditerrannée au printemps 2025 (obligeant les compagnies à consommer un fioul plus léger nettement plus coûteux à à équiper leurs navires de coûteux épurateurs de fumée, au demeurant également polluants, la Corsica Linea ayant été pointée du doigt par plusieurs associations environnementales pour l'usage de systèmes en boucle ouverte polluant la mer Méditerranée) et montée en charge pour le maritime du système des ETS (Exchange Trading System, voir l'article thématique dédié), qui pénalise les compagnies maritimes de la Corse de plusieurs dizaines de millions d'euros par an désormais tant qu'elles émettent des quantités substantielles de dioxyde de carbone (la difficulté étant le passage à l'échelle de technologies décarbonées encore balbutiantes).

heureusement pour ces compagnies, s'agissant du niveau de remplissage par navire, après la forte crise de 2020, le ratio de nombre de passagers a repassé depuis 2022 le cap des 500
par rotation, avec 536 voyageurs en moyenne en 2024, soit l'équivalent de son précédent record de 2008. De 2011 à 2018, on observait au global un mouvement pluriannuel de baisse du nombre de passagers par rotation effectuée, témoin d'une perte d'attractivité du vecteur maritime, concomittant à la réorientation d'une partie importante des subventions de la Collectivité de Corse du maritime vers le mode aérien, pourtant porteur de plus fortes nuisances sonores et environnementales (en termes de bilan carbone émis par passager transporté) et de séjours touristiques d'une moindre durée selon l'INSEE... Ce mouvement contrastait avec celui d'une hausse tendancielle du remplissage des navires et du nombre moyen de passagers transportés qui avait marqué les années 2000, du fait notamment d'une politique active de réduction des tarifs des passagers transportés par mer portée par la Collectivité de Corse (aide sociale bénéficiant alors à deux tiers des passagers au global et à l'ensemble des résidents corses) et du développement des lignes de Nice puis de Toulon par la Corsica Ferries, par la mise en service de ses Mega Express. Toutefois, depuis 2022, la reprise du nombre de voyageurs étant plus prononcée que celle du nombre de rotations, les coefficients de remplissage des ferries remontent. C'est particulièrement vrai en 2025, avec des évolutions fortement divergentes du nombre de rotations sur le port de Bastia (-11,4%) et du nombre de passagers par rotation (+12,7%), qui s'établit à un nouveau niveau record de 600 passagers par voyage. Cela traduit la mise en service de navires de plus forte capacité en lieu et place de navires plus anciens de plus petite taille (le Mega Regina en particulier ayant remplacé le Sardinia Regina au sein de la flotte de la Corsica Ferries depuis l'été 2021, puis le Mega Victoria ayant remplacé le Corsica Victoria en 2023...).



S'il veut rester leader incontesté en Corse, le port de Bastia devra à l'avenir être plus allant quant à l'évolution de ses infrastructures et mieux adapter ses quais à l'accueil des navires de plus grande taille qui sont de plus en plus nombreux et deviennent incontournables. La capacité du port à accueillir les cargos mixtes Capu Rossu et A Galeotta de Corsica Linea, qui mesurent respectivement 203 et 206 mètres de long, constituent des gageures, sachant que Bastia n'accueille le Mega Express Three de la Corsica Ferries
, à peine plus long (212 mètres), que bien plus ponctuellement, essentiellement hors saison. Alors que le projet de réalisation éventuelle d'un nouveau port de Bastia plus au sud, à la Carbonite, se heurte à des obstacles divers (d'une absence totale de volonté politique de la Collectivité de Corse de se prononcer sur un projet revu à plusieurs reprises depuis 2007, tout d'abord, d'ordre environnementaux et financiers ensuite, au vu du coût très élevé d'une telle structure et des risques que cela représenterait pour la préservation d'espèces marines protégées et de la plage de l'Arinella), le comblement partiel du quai nord est intervenu en 2017 constitue la dernière adapattion notable de l'infrastructure portauaire bastiaise mais date d'il y a déjà près de 10 ans ! Depuis, plus aucun débat public n'est intervenu sur les perspectives du port et les résultats des études environnementales complémentaires commandées au début des années 2020 par l'Exécutif de Corse n'ont jamais été communiqués ni donné lieu à décision politique. Cette adaptation du quai nord est est pourtant très insuffisante et ne permet pas de répondre valablement ni à la pénurie d'espaces de stockage des remorques de fret, ni au nécessaire accueil d'un nombre croissant de navires de 180 mètres ou plus (voir articles sur les perspectives 2026 et la controverse sur le port de la Carbonite et ses alternatives possibles, qu'il s'agisse d'une digue semi-flottante sur le site actuel ou d'une version revue du projet de nouveau port au sud de Bastia, nommée Portu Novu). De fait, les accidents de navire dans le port - jusqu'ici heureusement sans trop de gravité - ont eu tendance à se multiplié ces dernières années, le dernier en date, celui du Paglia Orba de la Corsica Linea, intervenu fin janvier 2021, ayant entraîné une immobilisation du navire de plusieurs mois...


Bastia représente en 2025 un trafic de 192 000 passagers supérieur à celui des autres ports Corses cumulés
Les Moby Orli et Pascal Paoli à quai à Bastia, en août 2024 ; photo : Romain Roussel.
Les Moby Orli et Pascal Paoli à quai à Bastia, en août 2024 ; photo : Romain Roussel.




Globalement, avec 4,07 millions de passagers en 2025, les ports de Corses voient au global leur trafic légèrement progresser en 2025 (+2,0%), après la hausse déjà enregistrée en 2024 (+3,6%), selon la CCI de Corse. Cela efface la baisse colossale de 41,7% enregistré en 2020, selon les données de la CCI de Corse, le trafic passagers des lignes maritimes de Corse étant redevenu au global, depuis 2024, supérieur à celui de 2019, année ayant précédé le COVID. De 2022 à 2024, la reprise était plus forte à Bastia que dansd les autres ports corses en moyenne ; ce n'est toutefois plus le cas en 2025. En effet, la majorité des autres ports insulaires dépend moins du trafic avec l'Italie, à l'exception notable de Bonifacio, aussi les parts de marché des différents ports insulaires ne se déforment qu'assez lentement sur longue période. A l'inverse, les trafics passagers du port de Bastia sont très sensibles à la programmation des traversées avec les ports italiens, fortement revue à la baisse en 2025 pour les raisons déjà évoquées. Au total, avec 52,4% du total, le port de Bastia toutefois draîné en 2025 un peu plus de la moitié des passagers maritimes des lignes de Corse, même s'il perd 1,1 point de parts de marché, après de fortes hausses les années précédentes, à la faveur alors de la forte reprise des lignes italiennes post-COVID. Ajaccio arrive deuxième, loin derrière avec 24,0% et voit ses positions se redresser (+1,2 point de parts de marché en 2025) piur la deuxième année consécutive après des pertes importantes relevées de 2021 à 2023. Le trafic et les parts de marché du port d'Ile Rousse sont en revanche stables depuis 2022 (10,1% de parts de marché en 2025), à la faveur d'une stabilisation de son trafic annuel qui se maintient au-dessus des 400 000 voyageurs (410 000 plus précisément en 2025, grâce au développement des lignes de la Corsica Ferries, notamment au départ de Sète, qui ont plus que compensé le départ de La Méridionale de la liaison éphémère Toulon-Ile Rousse-Livorno tentée au printemps et à l'été 2024). Porto Vecchio (4,3% de parts de marché en 2025, alors que celle-ci avait culminé à 7,7% en 2022) marque le pas, tandis que Propriano (2,8% de parts de marché en 2025) et Bonifacio (6,6%) reprennent de la vigueur, à des niveaux toutefois assez faibles. En particulier, la desserte Bonifacio-Sardaigne souffre du manque de fiabilité des navires qui y sont affectés, la Moby ayant dû à plusieurs reprises interrompre totalement son trafic et pour des périodes assez longues, pouvant durer parfois plusieurs mois, y compris en été. Propriano connaît un regain d'intérêt et devrait voir son trafic boosté en 2026 par la Corsica Ferries, qui expérimente de nouvelles liaisons sur ce port de l'extrême sud Corse vers Toulon et vers Porto Torres, en Sardaigne, qui se substituent en partie à la desserte de Porto Vecchio.



En reprise continue depuis plusieurs années, les lignes italiennes marquent le pas à Bastia en 2025, mais
Livorno devance toujours Toulon sur la place portuaire bastiaise

L'arrivée au port de Bastia au petit matin, avec le Mega Express à quai, en août 2025 ; photo : Romain Roussel.

Fait notable, en 2019, les lignes maritimes italiennes, en progression de 1,9%, étaient revenues à la hauteur des françaises, alors en recul de 6,8%, sur le port de Bastia, avec chacune environ 1 058 000 passagers, selon la CCI de Bastia. Alors que les lignes italiennes avaient de nouveau supplanté les lignes françaises sur le port de Bastia en 2008 puis en 2009 (ce qui n'était plus arrivé depuis 20031) à la faveur de la toujours plus grande concentration des dessertes italiennes sur l'escale bastiaise et des efforts tarifaires des compagnies Corsica Ferries et Moby Lines pour stimuler la demande, les lignes françaises avaient repris le dessus depuis 2010 sans discontinuer. Mais la suppression de la ligne de Nice par la Moby à compter de janvier 2019, la réduction du nombre d'escales de la Corsica Ferries sur ce même port (au profit d'une concentration des rotations sur Toulon, plutôt redéployées vers Porto Vecchio) et la fin des car-ferries de Corsica Linea sur Marseille en saison ainsi que la développement continu du bord à bord aérien ont pesé significativement sur les trafics du port de Bastia avec le continent français.

En 2020, la crise du coronavirus a fortement rebattu les cartes, signant une chute des lignes françaises et un effondrement encore plus massif des lignes italiennes. En dépit d'un léger mieux en 2021, les lignes italiennes ne représentaient plus à Bastia qu'environ les deux tiers des lignes françaises en termes de trafics passagers, avec respectivement 591 000 et 876 000 voyageurs. En 2022, les lignes italiennes, du fait de leur spectaculaire rebond, ont devancé de nouveau les françaises de plus de 51 000 passagers sur Bastia et cet écart s'est encore accru en 2023 et en 2024 avec une avance dépassant les 300 000 passagers ! En 2025, toutefois, la réduction de l'offre de transport a conduit à un tassement du trafic sur les lignes italiennes (1 172 000 passagers sur Bastia, soit -4,5%) qui ne devancent plus que de 210 000 passagers les lignes françaises, en progression de 4,0%, à 961 000 passagers.






Résultant de ces évolutions, en 2025, les liaisons du port de Bastia sont toujours concentrées sur si
x destinations principales. Comme le montrent les statistiques de la CCI de Corse, quoiqu'en nette progression en 2025, avec 26,4%  de parts de marché en 2025
(contre 23,9% en 2024), le port de Toulon est de nouveau nettement devancé par celui deLivorno (31,5% de parts de marché en 2025, contre 29,5% en 2024), avec respectivement 563 000 et 669 000 voyageurs. Si c'était déjà le cas, dans une moindre mesure depuis 2022, cela n'était alors plus arrivé depuis 2018 (voir graphique ci-dessous). Savona, après avoir déjà retrouvé des couleurs depuis 2022, enregistre en 2025 des parts de marché de 15,8 points et conserve sa troisième place sur le port de Bastia. Savona continue donc de devancer Marseille (12,9 points, avec près de 276 000 passagers), Genova (5,8 points, en forte baisse de 29,2% avec 122 000 passagers du fait de la supprresion de la liaison nocturne Genova-Bastia de la Moby) et Nice (5,4 points, en baisse également de 16,4%, à 115 000 passagers), toujours d'après les données de la CCI de Corse. Les autres ports desservis sont nettement plus loin, même si Piombino, quoique desservi uniquement par la Corsica Ferries ces dernières années, progresse de plus de 42,2% à 32 000 passagers et que Sète fait son entrée dans les ports desservis à raison de quelques escales de Mega Express hors qui ont rassemblé un peu plus de 3 000 voyageurs (l'essentiel du trafic corse de Sète assuré par la Corsica Ferries se concentrant sur Ile Rousse et, secondairement à partir de 2026, sur Ajaccio). On note aussi ces dernières années un développement de destinations éphémères de mini-croisières de la Corsica Ferries à l'occasion de ponts (Napoli, Civitavecchia, La Spezia, Palermo...), qui s'effectuent principalement au départ du port de Bastia.





----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Notes :

[1] De 1986 à 2003 inclus, proximité géographique oblige, le trafic du port de Bastia avec l'Italie avait pour la première fois supplanté celui avec le continent français ; il avait même représenté certaines années les deux-tiers du trafic total (jusqu'en 1995). Il faut dire que le trafic avec l'Italie est désormais quasi-exclusivement concentré sur le port de Bastia (si l'on excepte les rotations Corse-Sardaigne, assurées principalement depuis Bonifacio, et les liaisons saisonnières vers l'Ile Rousse et Porto Vecchio de la Corsica Ferries) tandis que le trafic Corse-continent français, réparti sur cinq ports (Bastia et Ajaccio, mais aussi Ile Rousse, Propriano et Porto-Vecchio), ne l'est qu'à environ 38% en 2024. Rappelons également qu'en 2002, on dénombrait encore quatre compagnies opérant vers l'Italie au départ de Bastia - soit deux de plus qu'aujourd'hui - avant le retrait de la filiale Corsica Marittima de la SNCM et le dépôt de bilan de la Happy Lines qui desservait la ligne Bastia-La Spezia...


Les photos présentées sur ce site sont la propriété de leur auteur et ne sont pas libres de droits.
Perspectives pour l'année - La controverse sur le nouveau port - Page principale de Mare Nostrum Corsica - haut