Avant même
l'annonce officielle du dépôt de bilan, le
président du
Conseil
exécutif de la Corse, avait esquissé
dès le dimanche 2 novembre, dans une
interview à Corse
Matin
spécialement consacrée à la compagnie
maritime en
difficulté, les perspectives de la desserte maritime de
service
public de la Corse dans les mois à venir et les contours de
ce
que pourrait être la nouvelle SNCM. Dans
cet entretien, Paul Giacobbi a tout d'abord cherché
à
rassurer les salariés de la compagnie concernant la
transmissibilité à la nouvelle entité
qui
succèderait à la SNCM
en cas de discontinuité juridique de la
délégation
de service publique (DSP) maritime Marseille-Corse, attribuée
conjointement à la SNCM et
à La
Méridionale
pour la période 2014-2023. Assurant être
"extrêmement attentif à ce que la Corse, qui est
le coeur
même de l'activité du
délégataire, soit
préservée au maximum quant au maintien de
l'emploi", il a
annoncé qu'il fera "tout, et dans les règles,
pour que la
DSP soit transmise au repreneur aussitôt que celui-ci sera
désigné", ce qui devrait prendre environ deux
mois selon
lui. Selon ce calendrier, le successeur de Transdev pourrait
donc être désigné dès
février 2015, si tout se passe bien. Toutefois, dans le
cadre du
redressement judiciaire, la durée de la
période d'observation ayant été
fixée
à 6 mois (et étant, d'un point de vue
légal,
renouvelable une fois), le choix du repreneur pourrait prendre
davantage de temps. Or, syndicats et
direction de la SNCM
s'opposent sur la durée
à privilégier pour cette période,
Pierre Maupoint
de Vandeul, représentant la CFE-CGC de la compagnie ayant
indiqué dès le 18 novembre lors de la
dernière réunion
de médiation que Transdev
refuse de la financer, rapporte l'AFP. Toujours selon l'AFP qui
citerait "une source proche de Transdev",
"les syndicats ont demandé le financement de la
période
d'observation la plus longue possible. Or, la période
d'observation doit être la plus courte possible, car il faut
trouver rapidement une solution. Nous ne sommes pas dans
l'hypothèse pessimiste où il n'y aurait pas de
solution
à fin février [2015]". Le Monde
du 28 novembre 2014 rapporte que la trésorerie de la
compagnie
lui permettrait de tenir "jusqu'à fin janvier ou
début
février [2015], mais pas au-delà", ce qui
obligerait
à aller vite si Transdev
demeurait inflexible sur le financement de cette période
d'observation ; de fait, le Danielle
Casanovaqui
effectuait encore des traversées entre Marseille, Alger et
Tunis a été désarmé
à son tour
désarmé
à cette échéance pour faire des
économies et devra faire un arrêt technique
à une
date encore indéterminée avan de reprendre la mer
pour la
saison 2015.
En attendant,
l'activité de la compagnie maritime se poursuit et, en attendant de
statuer sur celle de ses ferries, la SNCM
a ouvert comme
prévu courant octobre 2014 les réservations de
ses quatre
cargos mixtes pour l'été 2015. Toutefois,
comparés
aux huit navires qui naviguaient sur les lignes de Corse pendant
l'été 2014, dont quatre ferries de grande
capacité
(les Danielle Casanova, Méditerranée,
Corse et Excelsior -
désormais rendu à son
propriétaire Grandi
Navi Veloci), la
capacité commercialisée à ce jour est
provisoirement très réduite. Pour l'illustrer, Mare Nostrum Corsica
a réalisé à titre d'exemple une
simulation sur une
semaine particulièrement chargée (la
première
semaine d'août) des capacités en
véhicules
proposées par les trois compagnies présentes
entre le
continent français et la Corse. La simulation porte sur les
années 2013, 2014 et sur le prévisionnel
provisoire de
2015. Elle montre qu'en dépit d'un léger
accroissement de l'offre de la Corsica
Ferries et de La Méridionale
(voir page des nouveautés
2015 pour le détail des changements), les
capacités globales 2015 seraient à ce stade
très
sensiblement réduites sur les ports de Marseille et de Nice,
tandis que les lignes Toulon-Corse seraient relativement
épargnées. Dans l'optique d'une programmation
définitive de la SNCM
qui pourrait s'élever non pas à 4 mais
à 6 navires, comme annoncé par Transdev, les
capacités globales offertes sur le port de Marseille
pourraient
toutefois atteindre en 2015 un niveau équivalent
à celui
observé en 2014.

Nota Bene : simulation des capacités en
voitures particulières réalisée à
titre indicatif
à partir des rotations programmées par les
compagnies
à la date du 28 février 2015 pour les 7 jours de
pointe
consécutifs allant du vendredi 31 juillet au jeudi 6
août
2015 (et journées équivalentes pour les
années
antérieures). Simulation sous réserve de
nouvelles rotations
supplémentaires à prévoir par les
compagnies.
Pour la SNCM,
plusieurs
écueils restent donc encore à surmonter. Tout
d'abord, Paul
Giacobbi indique que la solution de discontinuité,
présentée comme la seule à
même d'effacer
les demandes de remboursement des aides indûment
perçues par la SNCM
selon la Commission
européenne,
suppose qu'il y ait "un nouvel actionnaire avec un capital
fondamentalement différent - sans l'Etat"
précise-t-il
(pour mémoire, l'Etat représente aujourd'hui
encore 25%
du capital de la SNCM),
et
"un périmètre d'activités qui n'est
plus le
même, une restructuration humaine et logistique faite en
profondeur". À ces conditions, et si le preneur
présente
"des garanties de solidité et de professionnalisme", la Collectivité de Corse
lui rétrocèderait "la part de mission de service
public
qu'il aura à accomplir aux côtés de la CMN". Paul Giacobbi
met au passage en garde les syndicats de la SNCM
contre tout nouveau mouvement de grève qui risquerait selon
lui
de mener à la liquidation judiciaire de la compagnie et
précise que, dans cette éventualité
qu'il
espère éviter, il confierait alors
transitoirement
pendant 9 mois à La
Méridionale la charge de
l'intégralité du service public maritime de
l'île...
À la demande de la Collectivité
territoriale de Corse, La Méridionale
a d'ailleurs affrété un roulier pur, le MN
Pélican de la Compagnie
maritime nantaise, rapporte Le Marin.
Construit en 1999 en Norvège, ce navire battant pavillon
français mesure 154,5 mètres de long pour 22,7
mètres de large et peut transporter 1 690 mètres
linéaires de fret à la vitesse de 20 noeuds. En
théorie, cet affrètement servirait à
pallier
l'absence des navires de La
Méridionale
pendant leurs arrêts techniques hivernaux. Il s'agirait
toutefois
d'une première, le service étant habituellement
réduit de manière exceptionnelle ou
habituellement
assuré par des cargos mixtes de la SNCM.
Dès lors, la question se pose de savoir si l'affrètement
du MN Pélican
ne pourrait
également répondre à un besoin de
transport
supplémentaire de fret en cas de défaillance de la SNCM ou
d'immobilisation imprévue de ses navires mixtes et ce
d'autant
plus que le navire est désormais stationné depuis
début décembre 2014 à
Toulon... Devant l'inactivité prolongée de ce
navire, un
début de polémique a toutefois
débuté fin
février,2015, l'affrètement du navire (qui court
jusqu'au
20 mars mais n'a toujours pas navigué) ayant
déjà
coûté environ 1,3 million d'euros à la Collectivité de Corse.
Quant au futur renouvellement des navires de la SNCM, celui-ci
porterait, selon Paul Giacobbi, sur deux
unités au cours de l'actuelle DSP. Ceux-ci seraient
"propriété de la société
d'économie
mixte (SEM) au sein de laquelle la Collectivité
territoriale
sera majoritaire" qui "aura pour ressources son propre capital, ses
recettes liées à la location de ses navires au
délégataire de service public et
l'excédent de l'Office
des transports"
et pourra recourir à l'emprunt, précise Paul
Giacobbi.
Dans le cas d'une reprise par Baja
Ferries, son PDG Daniel Berrebi, celui-ci a
indiqué
dans l'interview à La
Provence du 29 novembre 2014 que "la flotte sera
conservée puis modernisée" et qu'il "faudra
songer à remplacer le Monte
d'Oro
d'ici à 2016". Rappelons que dans un
précédent
entretien, l'homme d'affaire évoquait également
la
possibilité de remplacer le Jean Nicoli par
un navire plus adapté aux lignes de Corse.
Les
questions de la transmission de la DSP Marseille-Corse, en plusieurs
lots, au futur
repreneur et de l'effacement des demandes de remboursement des aides
jugées illicites par la Commission européenne
conditionneront la suite des événements

Le Paglia Orba - ici
dans la rade de Toulon, par Jean-Pierre Fabre - est l'un des quatre
navires mixtes de la SNCM
assurant la DSP Marseille-Corse.
La Collectivité de Corse ne
prévoit a priori pas de lancer
un nouvel appel d'offres pour la desserte maritime de l'île
une fois reprise la SNCM, Paul-Marie
Bartoli, le président de l'Office des transports de la Corse,
avait toutefois déclaré dans un entretien
à France
Bleu Corse Frequenza Mora le vendredi 1er
novembre qu'il se réservait le droit
de dénoncer
la délégation de service public (DSP) en cas de
désaccord avec le nouveau délégataire
et
qu'en tout état de cause, les montants des subventions
accordées devraient être revus à la
baisse à
nombre de navires inchangé (les 7 prévus par la
DSP, dont
4 à la SNCM) :
les sommes
accordées prévoyaient en effet une
majoration
durant les premières années pour tenir compte des
difficultés de la SNCM
qui n'auraient, selon lui, plus lieu d'être dès la
compagnie restructurée. La
situation serait en fait encore plus complexe, le secrétaire
d'Etat aux transports, Alain Vidalies, ayant depuis cette date
confirmé devant l'Assemblée
nationale le 17 décembre 2014 que les
négociations avec la Commission
européenne avaient finalement abouti
à un compromis sur la question de la
transmissibilité de la DSP au repreneur de la
compagnie : en
cas de discontinuité de l'activité, la Commission
n'exigerait finalement pas le lancement d'un nouvel appel
d'offres dans
la foulée (l'actuelle concession était
censé
durer jusqu'en 2023) mais un allotissement.
En clair, la DSP serait transmissible par lots au(x) repreneur(s) de la
SNCM.
Si la direction de la compagnie s'est réjouie de cette
nouvelle
"qui va dans le bon sens", les inquiétudes des syndicats
demeurent réelles, à l'image de la CFE-CGC dont
son
représentant, Pierre Maupoint de Vandeul,
considère que
"le transfert en plusieurs lots est particulièrement
inquiétant" et que "cette question doit être
précisée". En effet, on ignore tout à
ce stade des
lots qui seraient constitués sur la base des quatre
lignes
de service public dont la SNCM
est délégataire (Marseille-Bastia,
Marseille-Ajaccio,
Marseille-Ile Rousse et Marseille-Porto Vecchio) et s'il s'agira d'une
procédure purement formelle ou d'une réelle mise
en
compétition des différents repreneurs potentiels
de la
compagnie, ligne par ligne. Selon Paul Giacobbi toutefois, "il n'y aura
qu'un seul repreneur" pour la SNCM,
ce qui laisse entendre que l'exécutif de Corse
devrait
favoriser, en pratique, une offre de reprise globale. Dans la
foulée, Alain Vidalies a
précisé ce même jour que l'appel
d'offres devant
permettre de reprendre la DSP, conformément aux accords
passés avec la Commission
européenne, venait d'être
publié par les administrateurs judiciaires de la SNCM ; les
candidats potentiels finalement jusqu'au 2 février
2015 pour déposer leur offre de reprise.
Dès
le début novembre 2014, l'exécutif
de Corse ne cachait pas avoir d'ores et
déjà reçu des repreneurs potentiels de
la SNCM et
notamment Daniel Berrebi, le PDG de Baja Ferries,
dont Paul Giacobbi dit qu'il "sort du lot". De fait, les orientations
tracées par le président du Conseil exécutifsemblent
à ce jour dans le droit fil de celles
présentées par le PDG de la compagnie
basée au
Mexique, qui prévoit de conserver environ 800 emplois pour
une flotte réduite sur la Corse aux quatre navires
de la
DSP au départ de Marseille (dans cette option, les lignes de
Nice et de Toulon, déjà fortement
réduites,
seraient fermées) et à deux ferries assurant
principalement la desserte du Maghreb qu'il souhaite fortement
développer avec une nouvelle ligne pour le Maroc au
départ de Marseille - et non de Sète, comme
initialement
prévu - et "beaucoup
plus de départs de Marseille vers l'Algérie et la
Tunisie".
Alors que les syndicats de la compagnie sont très inquiets
d'une
possible "faillite organisée" suite à
l'enclenchement de
la procédure de redressement judiciaire, Daniel
Berrebi s'était dit
quant à lui "optimiste" sur
l'issue des négociations en cours entre l'Etat et la Commission européenne
quant à la compatibilité de son projet de reprise
avec "les attentes de Bruxelles" dès le
29 novembre dans
une interview à La
Provence. Il met toutefois en
garde
dans une interview à France
Info
sur le fait que si les pénalités
infligées
à la compagnie par la Commission
n'étaient pas
levées "il n'y aura pas d'offre de notre part et je
pense honnêtement qu'il n'y aura aucune offre de
personne".
Selon lui, cet optimisme se justifie par le fait que son
projet
pour la SNCM
"correspond
complètement aux critères
demandés par la
Commission qui veut une réelle rupture avec
l'activité
telle qu'elle existe jusqu'à aujourd'hui" car il
prévoit
"de fermer les lignes de Nice et de Toulon qui sont fortement
déficitaires et qui sont une des raisons principales des
problèmes avec Bruxelles car il est de
notoriété
publique qu'avec les revenus de la DSP les lignes de Nice et Toulon
étaient subventionnées à perte". Cet
optimisme
semble plus que partagé par Paul Giacobbi qui
rappelle
quant à lui dans une interview à Alta Frequenza du
28 novembre que "la jurisprudence de la Cour européenne de
Justice a admis qu'une société ne
pouvait plus être redevable des remboursements
vis-à-vis de l'Union
européenne
dès lors qu'elle changeait de
périmètre,
d'actionnaire et qu'elle était restructurée.
C'est
exactement ce qui va se passer"... Plus récemment, dans une
interview à France
3 Corse
du 18 décembre 2014, Daniel Berrebi a confirmé
que son
projet "convient bien" à Paul Giacobbi avec qui il
a eu
"plusieurs rencontres" et que son intérêt pour la SNCM
portait uniquement sur le tout, c'est-à-dire sur
les quatre
lignes de la DSP Marseille-Corse et sur les lignes du Maghreb et qu'il
ne se lancerait pas dans sur un projet de reprise plus parcellaire de
la compagnie car "il n'y a aucun intérêt
à la
morceler" indique-t-il. Tout en respectant les formes du cahier des
charges qui prévoit une subdivision ligne par ligne, il
a indiqué déposer une offre globale au
tribunal de commerce de Marseille,
"nous ne sommes pas intéressés du Maghreb sans la
Corse"
précise-t-il, "il n'y a aucun intérêt
de notre part
de récupérer des petits brins par-ci,
par-là".
Alors
que 4 offres ou lettres d'intention avaient été
remises
aux administrateurs judiciaires au 19 janvier, la recherche des
repreneurs a finalement été prolongée
jusqu'au 2
février 2015 sur fond de grande tension à la SNCM

Sur cette photo,
l'arrivée au remorqueur du Monte d'Oro à Toulon fin
décembre 2014 se fait sur fond de MN Pélican,
en haut à gauche de l'image prise par Jean-Pierre Fabre.
Pour autant, rien n'est encore
décidé et le tribunal de commerce de Marseille et
le
Conseil exécutif de Corse, qui devra adouber le repreneur
pour
lui transmettre, par lots, la DSP Marseille-Corse et sans qui rien ne
sera
possible, auront donc le
dernier mot sur le choix du repreneur. Dans l'interview du lundi 3
novembre, le PDG de Transdev
a confirmé que la SNCM
intéresserait "cinq ou six (...) compagnies
sérieuses, venues de différents pays
européens". Outre Baja
Ferries, est souvent évoqué le nom
de La
Méridionale, qui ne s'est pourtant pas officiellement
déclarée, et de compagnies italiennes, grecques
ou
espagnoles. S'agissant de La
Méridionale (et/ou de sa maison mère
STEF), Les Echos
du 30 novembre 2014 indique que "son plan proposerait à la
collectivité corse un périmètre
d'intervention
plus économique supprimant les escales dans les ports
secondaires (Porto Vecchio, Propriano, Ile Rousse)". Dès
lors,
la compagnie "n'aurait besoin que des quatre cargos pour assurer le
service et de moins de 500 salariés", ce qui semblerait une
solution extrême, La
Méridionale
comptant déjà en propre trois navires mixtes en
service
sur la Corse, ce qui signifierait qu'elle ne reprendrait en sus qu'un
seul navire de la SNCM
(afin
d'avoir deux navires déployés sur Bastia
et deux sur
Ajaccio), les autres étant alors vendus pour financer le
plan
social "estimé à près de 200 millions
d'euros"
selon cette même source.
Par voie de presse en France et en Italie, la Corsica Ferries et
la Moby Lines
ont quant à elles toutes deux déclaré
ne pas être intéressées par une reprise
de la SNCM.
Cette voie ne serait sans doute pas possible pour des raisons de
concurrence pour la première (le Corsica Ferries
étant déjà la première
compagnie sur les lignes de Corse) ; la seconde
préférant se consacrer à la remise
à plat
de l'actionnariat et au développement de la Tirrenia,
ex-compagnie publique homologue italienne de la SNCM, acquise par
un consortium mené par la Moby en 2012 mais
qui fait actuellement l'objet d'une vive querelle entre actionnaires.
En revanche, la compagnie italienne Grandi Navi Veloci,
à laquelle la SNCM
avait affrété l'Excelsior
de mai 2013 à septembre 2014, avait
déclaré suivre le
dossier et envisager faire une offre de reprise, mais n'a
finalement pas donné suite. Parmi les compagnies
grecques potentiellement intéressées, Les Echos du 30
novembre 2014 évoquaient le groupe Epirotiki et on
pouvait aussi penser
a priori
à deux compagnies qui opèrent
déjà en Méditerranée
occidentale, Anek Lines
(qui a affrété plusieurs années de
suite certains de ses navires, dont l'El Venizelos,
à la SNCM
puis à la compagnie sarde GoinSardinia) et Minoan Lines (qui,
en lien avec sa maison mère italienne Grimaldi Lines, fait naviguer
l'Ikarus Palace,
jumeau du Jean Nicoli
de la SNCM,
sur la liaison italo-espagnole entre Livorno et Barcelona). Enfin,
Christian Garin, l'ex-directeur du port
autonome de Marseille, avait de longue date pour projet de
concrétiser une "solution marseillaise" selon La Provence mais
qui ne s'appuierait désormais plus sur le groupe
norvégien SIEM,
un temps pressenti en 2013, mais sur d'autres investisseurs
européens dont
l'identité n'a pas été
révélée.
Le tribunal de commerce de Marseille ne s'est finalement pas
penché sur le cas de la SNCM
(comme
initialement prévu dès le 7 janvier 2015) mais le
28, ce qui a laissé un peu plus d'une semaine aux
administrateurs pour
examiner les premières offres de reprise
déposées
; de même la date butoir de
dépôt, fixée
initialement au 19 janvier 2015 à 11h, a finalement
été repoussée au 2 février,
dans un climat
de confusion générale. La situation est
restée
calme jusque-là en dépit des annonces des
principaux
syndicats de la
compagnie, qui attestent d'une grande tension. Le 6 janvier 2015,
à Marseille, la CGT avait ainsi menacé de bloquer
les
navires
de la SNCM
"pour six mois ou
pour un an" dès la mi-janvier "en cas de vente à
la
découpe" de la compagnie ou en cas de cession à
"un faux
repreneur" intéressé par les seuls navires,
rapporte l'AFP,
et ce bien que les administrateurs judiciaires de la compagnie aient
annoncé qu'ils privilégieraient les offres
globales de
reprise de la compagnie. Pour la CFE-CGC, Pierre Maupoint de Vandeul a
déclaré à France 3 Corse le
7 janvier 2015 qu'il s'interrogeait sur le sérieux de
l'offre
de Daniel Berrebi et remarquait que "tout a été
fait pour
caler sur cette offre-là" et qu'il y a "un chemin unique
depuis
des semaines vers ce repreneur qui est inquiétant". Quant au
STC, par communiqué en date du
5 janvier, le syndicat corse se dit "opposé à
toute
privatisation et, par définition, à tout
repreneur"
rappelant qu'il n'avait "pas discuté en 2005 avec Butler et
Veolia" et qu'il ne discutera pas "en 2015 avec Messieurs Berrebi et
Garin ou qui que ce soit d'autre" ; il dénonce par ailleurs
la
position des autres syndicats de la compagnie qui discuteraient
déjà avec la direction "des conditions de
départ
des marins de la SNCM".
C'est dans ce climat très tendu que le comité
d'entreprise de la SNCM
a essayé d'obtenir en justice l'annulation de la
procédure d'appel d'offres pour la reprise de la compagnie...
Le Danielle Casanova
en mer, l'un des derniers fleurons des ferries de la SNCM, a
été désarmé à
son tour fin janvier 2015 en attendant la reprise de la compagnie.
Avant l'ouverture
des
premières offres des repreneurs potentiels de la compagnie,
les
dernières nouvelles en date pour la SNCM
étaient assez contrastées :
- d'après le journal Econostrum, la
compagnie algérienne ENTMV
(dont le nom commercial est Algérie
Ferries),
partenaire historique de la compagnie française, aurait
dénoncé début janvier 2015 ses
contrats de
consignation et de commercialisation qui la liait à la SNCM. La SNCM
ne pourra dès lors plus commercialiser conjointement son
offre
et celle de la compagnie algérienne, ce qui lui permettait
de
bénéficier d'un effet de réseau
grâce
à une offre de traversée
étoffée. Pour
l'heure, un partenariat historique similaire avec la compagnie
tunisienne Cotunav
tient en revanche toujours ;
- le mercredi 14 janvier 2015, le tribunal administratif de Bastia a
débouté la SNCM
qui demandait la suspension du titre de recouvrement de près
de
168 millions d'euros de créances que lui réclame
l'Office des transports
de la Corse
au titre du service complémentaire effectué de
2007
à 2013, aide finalement jugée illégale
par la Commission
européenne. La direction de la SNCM
a néanmoins déclaré qu'il s'agissait
"d'une bonne
nouvelle pour notre trésorerie" car la situation de
redressement
judiciaire ne permet de toute façon pas à l'OTC
de recouvrer la créance. De plus, comme le
précise
l'avocat de la compagnie, Christophe Cabanes, dont les propos sont
rapportés par Le
Marin, "non seulement la Collectivité
territoriale de Corse
ne peut
pas exécuter ses titres tant qu’une
décision ne
sera pas rendue sur le fond
mais l’ordonnance précise aussi qu’elle
ne peut pas
compenser les sommes
qu’elle lui réclame avec les sommes
qu’elle lui doit
chaque mois au titre du
paiement du service de la délégation de service
public".
Par ailleurs, s'agissant du contentieux européen sur les
aides perçues par la SNCM
pendant sa privatisation (220 millions d'euros) l'Etat, comme chaque
créancier de la compagnie, a deux moins à compter
de
l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire (qui
a
débuté officiellement le 28 novembre 2014) pour
faire
valoir ses droits,
après quoi cette dette pourrait ne jamais être
recouvrée. N'en déplaise donc aux tenants de la
"théorie du complot anti-SNCM",
il se pourrait donc que, jouant la montre, l'Etat ne contribue
à
l'allégement du fardeau de la compagnie s'il n'exige pas
rapidement le remboursement de la somme...
Trois offres de reprise
sérieuses émanent de Christian Garin,
l'ex-directeur du port de
Marseille, de Daniel Berrebi, le PDG de Baja Ferries, de
Patrick
Rocca, président d'un groupe de transport Ajaccien

Aucune des autres
compagnies présentes sur la Corse (Corsica Ferries, Moby Lines et La Méridionale)
n'a fait d'offre de reprise de la SNCM,
pas plus que l'armateur italien GNV
qui avait loué l'Excelsior
à la SNCM
du printemps 2013 à l'automne 2014 (ici à Toulon
fin août 2014 sur cette photo de Jean-Pierre Fabre).
À la date du 19 janvier 2015, date du délai
initialement fixé pour le dépôt des
candidatures,
"quatre offres ou lettres d'intention" avaient
été
remises aux administrateurs judiciaires, qui précisaient
dans un
communiqué de presse que "toutes ces propositions sont
soumises
à d'importantes
conditions suspensives qui restent à lever". C'est pourquoi
un
délai supplémentaire avait
été
accordé
jusqu'au 2 février 2015 ; ce délai devait
également être mis à profit pour
pouvoir
"étudier trois nouvelles candidatures", trois autres
repreneurs
potentiels ayant "confirmé leur intérêt
et
demandé à bénéficier d'un
délai
supplémentaire pour finaliser leur offre". Au final,
à la nouvelle
date limite fixée aux postulants, ce sont finalement quatre
offres de reprise et trois lettres d'intention qui ont
été déposées
d'après les administrateurs judiciaires de la SNCM.
Comme l'annonce un communiqué de presse du 4
février 2015
de la direction de la compagnie : "aucune offre ne propose de reprise
partielle : elles concernent l'ensemble des activités au départ de
Marseille
vers la Corse et le Maghreb" mais toutes "actent la
nécessaire
réduction du périmètre [...] pour
envisager
l'équilibre économique".
Conformément
aux déclarations des dirigeants
de la compagnie faites début janvier au journal Le Marin, La Méridionale
n'a pas déposé d'offre de reprise de la SNCM. Quant
à la participation des autres compagnies
étrangères un temps évoquée
(comme l'italien GNV,
le danois DFDS
ou encore le groupe grec Epirotiki),
elle ne se serait finalement pas confirmée, ces compagnies
préférant vraisemblablement chercher
à
développer par
elles-mêmes des lignes sur le Maghreb par exemple sans
s'inscrire
dans le processus complexe et tendu de reprise de la SNCM...
L'identité des candidats ayant déposé
une offre de reprise de la SNCM
a été confirmée officiellement le 4
février 2015. Lors de l'audience du tribunal administratif
de
Marseille
du 28 janvier, a été
apprécié l'état
financier de la compagnie - qui disposerait encore de 42 millions
d'euros de liquidités, somme pouvant lui permettre de tenir
jusqu'à fin mars 2015 ; aussi la période
d'observation de la compagnie se prolonge-t-elle. En termes de
délais, la
procédure pourrait s'achever "fin mars-début
avril" 2015
selon Paul Giacobbi, "afin que la saison ne soit pas
fusillée",
ce qui risquerait d'être le cas si les choses se
prolongeaient
car "aujourd'hui, peu de réservations se profilent pour la
saison touristique. Le futur repreneur va donc se retrouver avec un
flux restreint de touristes et cette situation peut faire perdre des
semaines, voire des années" indique-t-il.
Outre l'offre
annoncée de longue date par Daniel Berrebi pour le compte de
Baja Ferries,
la deuxième offre ferme émane de Christian Garin
et de son pool d'investisseurs
européens, qui seraient de nationalité
norvégienne mais il ne s'agirait plus de SIEM industries).
D'après Le
Marin,
l'offre de Christian Garin permettrait de sauvegarder
un peu plus d'emplois que celle de Baja Ferries (896
contre 750 à 800) et prévoirait à
terme un renouvellement plus important de la flotte de la SNCM (4
à 6 navires pourraient être commandés
aux chantiers Sud-Coréens de Daewoo contre
1 - à un chantier non défini à ce
stade - dans la
proposition de Daniel Berrebi, qui prévoirait la mise en
service
dès 2018 d'un remplaçant au Monte
d'Oro et l'échange du Danielle
Casanova contre un autre ferry d'occasion en 2017 ou 2018).
Le pavillon serait français de premier registre sur
l'ensemble
des lignes dans la proposition de M.Garin tandis qu'il en serait de
même uniquement sur les lignes de Corse dans la proposition
de M.
Berrebi qui ferait naviguer "sous pavillon communautaire" avec des
officiers français le ou les navires des lignes du Maghreb.
En
revanche, la proposition de M. Berrebi préserverait
l'unicité de la compagnie (la holding de tête,
qu'il rebaptiserait France
Ferries, naviguerait sous deux noms commerciaux distincts
: Maghreb Ferries sur
les lignes internationales et U
Batellu - "le bateau", en Corse - sur l'île de
beauté), tandis que celle de M.Garin consisterait
à faire de la SNCM
deux
entités juridiques distinctes : l'une pour la desserte de la
DSP
Marseille-Corse, l'autre pour celle des lignes du Maghreb et pour les
lignes de Corse hors DSP, avec respectivement 4
et 2 navires. Toutes deux seraient chapeautées par une
holding
nommée Med
Partners. M. Garin envisage lui aussi un changement de nom
de la
compagnie mais n'aurait pas encore arrêté son
choix en la
matière. Au final, la
proposition défendue par M.Garin apparaît comme
nettement
plus proche de celle défendue en son temps par Marc Dufour
(à ceci près que l'ancien président du
directoire
de la SNCM
prévoyait de construire ses futurs ferries en France, aux chantiers
navals STX
de Saint-Nazaire et qu'il prévoyait une propulsion des
nouveaux
navires au GNL, ce qui ne semble plus d'actualité) tandis
que
celle de M.Berrebi semble dans la lignée du plan Poséïdon
présenté il y a quelques mois par l'actionnaire
sortant, Transdev.
Outre le nombre de salariés repris, les points les
plus cruciaux pour l'attribution de la SNCM
au
futur repreneur seront la solidité de leur dossier financier
respectif (les financements à hauteur de 100 millions
d'euros de
M. Berrebi se partageraient en 20% de fonds propres de Baja Ferries et
80% de prêts bancaires tandis que ceux de M. Garin,
limités à 50 millions d'euros, se feraient
entièrement par l'émission d'obligations
d'entreprise
selon Le Marin,
non compris le renouvellement envisagé des 4
navires de la DSP Marseille-Corse dont le
financement partenarial avec le chantier Daewoo reste
à confirmer), leur
compatibilité avec les exigences de la Commission de Bruxelles
(une offre détaillée ligne par ligne pour ce
qui est des 4 navires de la DSP et une garantie de la
discontinuité juridique pour s'affranchir des demandes de
remboursement des aides jugées indues) et avec celles de la Collectivité
territoriale de Corse (CTC).
Les prix de cession proposés pour la flotte actuelle de la SNCM,
sommes qui pourraient servir à co-financer le plan social
auquel
Veolia a finalement déclaré accepter de
participer le 13
février 2015, entreront aussi sans doute en compte : ils
seraient très bas au regard de la valeur comptable des
navires,
proche de 230 millions d'euros. D'après Le Marin,
les prix totaux de cession proposés varieraient de 7
millions
d'euros (dans la proposition de M. Rocca) à 15 millions d'euros pour
celle de M.
Berrebi
en passant par celle de M. Garin (9,5 millions).
Les deux autres lettres d'intention reçues courant
janvier pour la SNCM
émaneraient d'un entrepreneur suisse, Paul Moulia, au nom de
la société Swiss
Rail et du chef d'entreprise ajaccien
Patrick Rocca, qui dirige le groupe de transport routier Rocca.
Toutefois, seule cette dernière lettre d'intention aurait
été concrétisée en une
offre à
la
date butoir du 2 février 2015. L'offre aurait
été
déposée en
son nom propre
et
porterait elle aussi sur les lignes de la DSP Marseille-Corse et sur
les lignes internationales. Le projet de Paul
Rocca prévoirait, comme celui de M. Berrebi, la fermeture
des
lignes de Nice et de Toulon mais le journal indique - sans plus de
précisions - que les services maritimes de la SNCM
seraient développés en
Méditerranée
"au-delà des pays du Maghreb". Avec le maintien dans la
flotte SNCM
du navire Corse,
qu'aucun autre repreneur potentiel ne souhaiterait conserver, cela
constituerait la
principale originalité de cette proposition. De ce fait,
toujours selon Les Echos,
de
700 emplois préservés initialement, la
proposition de
M.Rocca viserait à atteindre les 1500 emplois d'ici 5 ans,
une
fois deux navires neufs commandés. D'après les
précisions communiquées à Corse Matin
le 4 février, Paul Rocca souhaiterait atteindre à
terme
"une flotte comprise entre 8 et 10 navires, pour arriver à 4
bateaux sur la Corse et 4 à 6 sur le Maghreb, voire
au-delà du Maghreb".
La dernière offre, un temps jugée
sérieuse mais
finalement retirée (sa date butoir était
fixée au
20 février 2015), émanait du groupe grec Attica,
propriétaire des compagnies Superfast Ferries
et Blue Star Ferries
qui opèrent entre l'Italie et la Grèce et entre
le port
du Pirée et les îles grecques. Cette compagnie qui
proposait un prix de cessionun peu plus élevé
pour la
SNCM (20 millions d'euros) n'envisageait toutefois elle non
plus
de reprendre davantage de 700 emplois. Les
dernières lettres d'intentions, jugées moins
crédibles par
les syndicats, émaneraient de l'italien Giglio Mazzoli et
d'Adrien Scarso, au nom de
la société Borealia,
d'après le journal Le
Marin.
Concernant la position de la CTC,
même s'il a indiqué dans une interview
à Corse Matin
le 24 janvier 2015 qu'il n'avait "pas
de préférence [...] mais des exigences,
claires
là aussi. Ces exigences, l'honorabilité, le
professionnalisme, des moyens financiers réels,
l'attachement au
pavillon français..." Paul Giacobbi a d'ores et
déjà indiqué que selon lui "force est
de constater
que la seule offre complète à ce jour est celle
de Daniel
Berrebi". Peut-être cette offre est-elle la seule
à ce
stade qui satisfasse "la deuxième volonté par
rapport au
repreneur" précisée par Paul Giacobbi,
à savoir
"d'exiger que tout nouveau navire soit acheté dans le cadre
de
la SEM
(société d'économie mixte) au sein de
laquelle la CTC
sera
majoritaire" ? Pas sûr du tout que cette offre recueille
pour autant les suffrages du côté du port de
Marseille
où celles de Christian Garin - qui conserverait davantage
d'emplois en France et un périmètre de desserte
plus
large sur la Corse, incluant Nice et potentiellement aussi Toulon
à compter de 2016, pourrait emporter la
préférence
de plusieurs syndicats... L'offre de Patrick Rocca recueillerait quant
à elle d'autres soutiens en Corse d'après Le Marin
qui évoque notamment des courriers en sa faveur du
sénateur et président du conseil
général de
Corse-du-Sud Jean-Jacques Panunzi ainsi que de Pierre Mattei, directeur
général de la Corsica Ferries,
qui évoquerait la possible recherche de solutions amiables
aux contentieux l'opposant à la SNCM en cas de
reprise par de cette compagnie par le transporteur Corse.
Nota Bene : ce
graphique représente la flotte de la SNCM
effectivement en service, toutes lignes
méditerranéennes confondues (Corse et
Maghreb) pendant les saisons 1992 à 2015. Il inclut donc les
navires affrétés (comme l'Excelsior
pendant les saisons
2013 et 2014) et exclut ceux acquis par la compagnie mais qui n'ont pas
navigué sur ses lignes (comme le premier Jean
Nicoli,
acheté à l'été 2006 puis
revendu fin 2007)
ainsi que les navires loués à des tiers par la SNCM (comme le NGV Liamone un
temps affrété par Raromatai Ferries
en Polynésie française). Par ailleurs, l'ancien
cargo Monte Rotondo
a été comptabilisé ici comme
fréteur pur en
raison de sa très faible capacité passagers. Le
point
2015 est provisoire dans l'attente de connaître
l'idendité
du repreneur officiel de la SNCM
et correspond à ce stade au plan
Poséïdon présenté par
l'actionnaire sortant Transdev.
Toutefois, à fin février 2015, seules les
traversées de 4
de ces 6 navires sont effectivement programmées sur la
Corse, les deux autres navires de la flotte (Méditerranée
et Danielle Casanova)
n'étant à ce jour programmés que sur
les lignes entre Marseille et la Tunisie.